ELABORATION DES PERSONNAGES
En parallèle de la finalisation de l'histoire, une autre équipe travaille sur le physique et le comportement des personnages.
Les premiers dessins réalisés sont inspirés par des illustrations européennes.
Ce n'est que fin 1935 que Walt Disney nomme quatre de ses meilleurs animateurs pour superviser l'animation de Blanche-Neige : Norman Ferguson, Hamilton Luske, Fred Moore et Bill Tytla.
D'après Frank Thomas et Ollie Johnston, chacun a des qualités propres : Ferguson est « maître en mise en scène », Luske a « une grande capacité d'analyse et pour concevoir des procédures », Moore « une superbe qualité en dessin » et Tytla « la capacité à reproduire les émotions des personnages ».
D'après une fiche de production datée du 22 octobre 1934, les personnages avaient les caractéristiques suivantes, montrant que dès l'automne 1934 la distribution était claire dans l'esprit de Walt Disney et que les animateurs en charge de leur conception étaient eux déjà à l'ouvrage :
- Blanche-Neige : à la Janet Gaynor, 14 ans
- le Prince : à la Doug Fairbanks, 18 ans
- la Reine : un mélange de Lady Macbeth et du Grand méchant loup, sa beauté est sinistre, mûre, pleine de courbes. Elle devient laide et menaçante après avoir mélangé ses poisons. Les potions magiques la transforment en une vieille sorcière. Ses propos et actions sont sur-dramatisés, proches du ridicule.
- le chasseur : personnage mineur. Grand et fort. 40 ans. Le fidèle homme de main de la Reine mais n'a pas le c½ur de tuer une fille innocente.
- le cheval du prince : Ce fier destrier blanc peut comprendre mais pas parler, comme Tony le cheval de Tom Mix. Ami du prince.
- Le Miroir magique : L'esclave non voulu de la Reine. Son visage en forme de masque apparaît quand invoqué. Il parle d'une voix surnaturelle.
- les nains : Happy, Sleepy, Doc, Bashful, Grumpy.
Le dernier personnage à recevoir un nom semble être Dopey (Simplet).
Il fut appelé Septième durant un temps puis Dopey mais le nom n'était pas populaire au sein du studio pour plusieurs raisons :
- la connotation péjorative, mais il n'est pas un « imbécile » seulement simple d'esprit, « un humain avec l'esprit et les manières d'un chien ».
- un ton trop moderne mais Walt fit remarquer que même William Shakespeare utilisait le terme.
- Walt Disney a ensuite choisi avec précaution les animateurs en charge de l'animation des personnages, souvent conçus par d'autres : la sorcière de Joe Grant confiée à Norman Fergusson, le miroir à Wollie Reitherman, Blanche-Neige à Hamilton Luske et Jack Campbell, le Prince à Grim Natwick, Simplet à Fred Moore ou Grincheux à Bill Tytla
LES PERSONNAGES EN DETAILS
Pour Blanche-Neige, chaque illustrateur a sa propre vision et les premiers croquis ne correspondent pas à l'attente de Disney qui les trouve trop caricaturaux et ressemblant trop à des personnages existants comme Betty Boop.
Mais au fil des créations, les dessins deviennent plus originaux.
Hamilton Luske avait déjà commencé, à la demande de Walt Disney, à travailler sur un personnage féminin très réaliste, Perséphone dans The Goddess of Spring (1934), mais « pas encore assez convaincant » pour Walt, et avait aussi réalisé un personnage aux expressions faciales très poussées, Jenny Wren dans Qui a tué le rouge-gorge? (1934).
Il a été nommé pour animer Blanche-Neige.
Pour sa création, il aurait débuté par le dessin des yeux et de la bouche afin de la rendre vivante.
Le personnage de la reine est l'un de ceux qui a le plus évolué au fil de la production.
Elle passe, sur les premiers concepts, d'une personne enrobée et pas très jolie à une femme belle mais au tempérament glacial.
Graphiquement l'aspect de la reine en sorcière est très proche de celle de Les Enfants des bois (1932).
Pour l'aspect normal de la Reine, les dessinateurs se concentrent sur une approche réaliste du mal et du danger afin de la rendre la plus crédible possible.
Elle devait être « froide, cruelle, malicieuse et extrême ».
Pour Allan, la Reine a le visage de Joan Crawford et se rapproche de la tradition des sorcières, belle et sans âge, peuplant la mythologie et les contes européens depuis Circé en passant par la Fée Morgane.
De la première elle a la magie des poisons, de la seconde le pouvoir sur les éléments.
Pour lui, « elle représente la femme redoutée par les hommes dans une société dominée par les hommes.
Elle est à la fois la femme fatale et un personnage inquiétant issu d'un monde plus ancien ».
Pour Thomas et Johnston, la seule source de sa méchanceté est sa volonté d'être la plus belle du royaume, et elle est la première véritable méchante de l'histoire de l'animation car à l'origine de la première véritable tentative de meurtre, chose que même le Grand méchant loup ne pouvait faire car il ne parvenait déjà pas à capturer les petits cochons.
Autre élément relevé par Thomas et Johnston, le fait que la Reine observe Blanche-Neige sans être vue ajoute un élément « encore plus terrible que si elle était en sa présence », « cet usage de l'intimité ajoute de l'antipathie et de la froideur » au personnage.
Plus tard, la scène de la sorcière à bord d'une barque est pour Robin Allan, une évocation du Charon de Gustave Doré réalisé pour illustrer L'Enfer de Dante.
À l'opposé, Blanche-Neige n'est « ni consciente de sa beauté, ni apte à comprendre l'obsession de la Reine »
Le côté comique et « cartoonesque » du film est réservé aux nains.
C'est à l'élaboration du storyboard que les gags sont insérés dans l'histoire.
Walt demande à toute son équipe de participer à l'élaboration de gags et particulièrement autour des nains.
Pour motiver ses animateurs, Disney lance le 2 novembre 1934 une prime de 5 $ US pour les plus drôles, offre déjà en vigueur sur les courts métrages.
Alors que le ressort de l'histoire est basé sur la relation conflictuelle entre Blanche-Neige et la Reine issue de la jalousie, jalousie sans laquelle pour Thomas et Johnston, « il n'y aurait pas d'histoire », le loisir est lui lié aux nains et aux choses amusantes qu'ils cherchent à faire pour recevoir un visiteur inattendu, Blanche-Neige.
Le noms des nains a souvent été un problème pour l'adaptation du conte, car ils ne sont pas définis et presque réduits à des présences fantomatiques.
Une version théâtrale du conte avait ainsi baptisé les nains : Blick (regard), Flick (film), Glick (clin d'½il), Snick (cliquetis), Frick (interjection comme "zut"), Whick (argot de Which "quel" ) et Quee (de l'espagnol "Que é", "qui est").
L'illustrateur anglais John Hassal avait, en 1921 dans un ouvrage, inscrit les noms des nains sur leurs culottes et les avait appelés par des objets de leur vie quotidienne: Stool (chaise), Plate (assiette), Bread (pain), Spoon (cuillère), Fork (fourchette), Knife (couteau) et Wine (vin).
Les équipes de Disney choisissent alors des noms, principalement liés à des humeurs, des états d'esprits.
Parmi les premiers manuscrits de production de Disney, l'un définit les noms et les caractéristiques des nains, plusieurs noms sont ainsi listés dont Sleepy, Hoppy-Jumpy, Bashful, Happy, Sneezy-Wheezy, Gaspy, Biggy-Wiggy, Biggo-Ego ou Awful.
D'autres noms, au total plus de 50 propositions[68], ont aussi été suggérés comme Jumpy (sautant), Deafy (sourd), Baldy (chauve), Gabby (blagueur), Nifty (sympa), Swift (rapide), Lazy (paresseux), Puffy (rebondi), Stuffy (étouffant), Tubby (rondelet), Shorty (court) et Burpy (roteur).
David Koenig liste 54 noms.
Pour Robin Allan, chacun des nains possède une caractéristique universelle, qui nous renvoie aux moralités du Moyen Âge européen et aux sept péchés capitaux, et leurs voix appartiennent à la tradition du vaudeville(plus particulièrement pour la version originale, voir ci-dessous).